Monika Sukowska EXPRESSIONS FIGES Universit de Silsie Institut

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Monika Sułkowska EXPRESSIONS FIGÉES Université de Silésie, Institut d’Études Romanes Département de Linguistique Romane

Monika Sułkowska EXPRESSIONS FIGÉES Université de Silésie, Institut d’Études Romanes Département de Linguistique Romane Séminaire de spécialisation Sosnowiec, 2005

Plan de la présentation Ø Notion d’expression figée, définitions et classifications (3 -10). Ø

Plan de la présentation Ø Notion d’expression figée, définitions et classifications (3 -10). Ø Limites des expressions figées et leurs variantes (11 -15). Ø Sources traditionnelles des expressions figées (16 -20). Ø Formation et structure interne des unités figées (21 -26). Ø Références citées et bibliographie suggérée (27 -31).

NOTION D’EXPRESSION FIGÉE, DÉFINITIONS ET CLASSIFICATIONS Expressions figées: Groupements de mots (au moins de

NOTION D’EXPRESSION FIGÉE, DÉFINITIONS ET CLASSIFICATIONS Expressions figées: Groupements de mots (au moins de deux mots) qui sont lexicalisés et dont le caractère est reproductif. Très souvent le sens global des expressions figées ne résulte pas de la simple cohésion des éléments constitutifs. La classe des expressions figées est un groupe hétèrogène. Les limites de cette catégorie sont floues et sa structure interne est graduelle. D’un côté, les expressions figées sont limitées par des séquences libres (combinaisons de mots formées spontanément dans l’acte de parole, p. ex. Paul va à l’école). De l’autre, elles restent bornées par des unités complètement lexicalisées (fortement figées) où le processus de figement est déjà finalisé, p. ex. chiens écrasés, grosse légume, à bon chat, bon rat.

Traits définitoires des expressions figées: § Le caractère reproductif – expression figée est une

Traits définitoires des expressions figées: § Le caractère reproductif – expression figée est une suite reproduite dans l’acte de communication sous une forme plus ou moins donnée. § La polylexicalité – c’est une séquence de deux ou plusieurs mots non soudés qui possèdent un fonctionnement syntaxique autonome. § La lexicalisation – c’est une suite de mots partiellement ou complètement lexicalisée. § Le figement linguistique ou/et le figement d’utilisation. D’après G. Gross (1996), on observe le figement linguistique quand une expression se caractérise par l’opacité syntaxique et/ou l’opacité sémantique. Par contre, nous parlons du figement d’utilisation quand la syntaxe est régulière, la lecture littérale d’une expression est possible, mais elle fonctionne comme unité figée en raison de la tradition d’emploi (c’est le cas de certains proverbes, citations, etc. ).

Opacité syntaxique – expression refuse des possibilités combinatoires ou transformationnelles. La construction est d’autant

Opacité syntaxique – expression refuse des possibilités combinatoires ou transformationnelles. La construction est d’autant plus figée qu’elle a moins de propriétés transformationnelles, à savoir qu’elle refuse p. ex. la passivation, la relativisation, la pronominalisation, le détachement, l’extraction; on observe aussi le blocage des paradigmes synonymiques. Opacité sémantique – sens d’une expression est opaque ou non compositionnel, c’est-à-dire on ne peut pas le déduire du sens des éléments composants. Quelques exemples des expressions figées: de la tête aux pieds Chien qui aboie ne mord pas moulin à paroles être tout yeux tout oreilles Tel père, tel fils

Quelques définitions des expressions figées: Pour F. de Saussure (sa définition a été rappelée

Quelques définitions des expressions figées: Pour F. de Saussure (sa définition a été rappelée par G. Gréciano, 1984 ) l’expression figée est un type de signe qui se caractérise par la divisibilité de son signifiant et l’indivisibilité de son signifié. S. Skorupka (1982) considère comme unité phraséologique une association de mots entièrement ou partiellement lexicalisée. D’habitude, une telle association a un sens nouveau, différent du sens des éléments composant cette association. Selon B. Rejakowa (1986) l’unité phraséologique est une association de deux mots au moins - caractérisée par un rapport d’asymétrie entre le plan de l’expression et celui du contenu. Pour A. M. Lewicki (1982, b) les phraséologismes sont des unités de langue possédant un trait caractéristique fondamental - la non-continuité, c’est-à-dire que les composants d’une telle unité de langue ne rent pas dans des rapports d’antécédence et de séquence, typiques des composants des mots.

Expressions figées englobent des structures telles que: Ø des noms composés (p. ex. coffre-fort),

Expressions figées englobent des structures telles que: Ø des noms composés (p. ex. coffre-fort), Ø des joncteurs (p. ex. à cause de, dans le but de) ou des locutions grammaticales, Ø des locutions verbales, adverbiales, adjectivales (p. ex. casser sa pipe, de la tête aux pieds, bavard comme une pie), Ø des phrases figées, proverbes, dictons, maximes, aphorismes, etc. (p. ex. à bon chat, bon rat; tel père, tel fils). Parfois, les expressions figées incarnent également des structures monolexicales (figées et reproductives) telles que bonjour, stop, merci, etc.

Les expressions figées constituent une entité graduelle. Chaque expression peut être figée à différents

Les expressions figées constituent une entité graduelle. Chaque expression peut être figée à différents degrés. Elle se caractérise donc par un différent degré de figement. Selon S. Mejri (1997), les expressions figées s’organisent entre deux pôles extrêmes, à savoir entre les séquences totalement transparentes (structures libres à un sens compositionnel) et celles qui sont fortement opaques (séquences qui sont figées et dont le sens n’est pas déductible de leurs constituants). S. Mejri présente cette gradation de la manière suivante (1997, p. 49): Séquences libres. Séquences figées. Sens compositionnel. Sens abstrait déductible des éléments de la séquence. ______________________/_______________ p. ex. Il est glissant comme une anguille. p. ex. Pas à pas, à petits pas, un pas de géant. Séquences figées dont le sens Séquence figée dont le sens est déductible à la fois n’est déductible que des n’est pas déductible de ses à partir de ses éléments et éléments fournis par le constituants. du contexte. contexte. ______________________/______________ p. ex. Sable mouvant ; p. ex. Avaler des couleuvres ; p. ex. Victoire à la Pyrrhus ; Mordre la poussière. Être sur son trente-et-un. Ouvrage à la Pénélope.

Un autre classement des expressions figées, répandu surtout dans la tradition slave, a été

Un autre classement des expressions figées, répandu surtout dans la tradition slave, a été proposé par S. Skorupka (1969). Cette classification s’inspire du premier classement des unités figées présenté par Ch. Bally (1951). Prenant en considération l’aspect sémantique, il est possible de distinguer quelques types des expressions figées, à savoir: Ø Groupements entièrement figées (unités) – ce sont des groupements où le processus de lexicalisation est définitivement terminé. Deux ou plusieurs mots - constituants de l’unité - ont perdu leur sens propre et ont commencé à fonctionner dans la langue comme un tout sémantique à part. Nous pouvons dire qu’ils fonctionnent dans l’énoncé à l’instar des mots, parce qu’ils peuvent être remplacés par d’autres mots ou d’autres expressions. Ø Groupements intermédiaires (séries) - les éléments du groupement gardent ici leur sens propre ( mais le plus souvent l’un d’eux a un sens figuré ), du moins leur association est stabilisée, ce qui veut dire que les éléments ne peuvent permuter librement et le nombre de commutations est limité. Ø Groupements libres - les associations de mots ordinaires, produits à tout moment par les usagers d’une langue avec les éléments lexicaux qu’ils comportent dans leur répertoire. Le sens global d’un groupement libre résulte donc d’un simple assemblage des sens de composants formant ce groupement.

 Suivant le critère formel, on distingue traditionnellement: Ø Locutions nominales – ce sont

Suivant le critère formel, on distingue traditionnellement: Ø Locutions nominales – ce sont des associations de deux mots au moins, qui constituent un tout syntaxique et qui ont un caractère nominal. Elles peuvent remplir dans l’énoncé la fonction de différentes parties du discours. Les locutions nominales se laissent diviser en locutions proprement nominales, en locutions adjectivales, en locutions adverbiales, ainsi qu’en locutions prépositionnelles et conjonctives. Ø Locutions verbales – ce sont des associations de mots où le composant essentiel a un caractère verbal. Elles constituent la partie la plus nombreuse et la plus variée de toutes les expressions figées. Souvent, à l’intérieur d’une locution verbale peut se trouver une locution nominale. Ø Locutions-phrases (locutions nomino-verbales) – elles sont composées d’éléments nominaux et verbaux et possèdent des formes phrastiques. Les locution nomino - verbales plus typiques sont les proverbes et les locutions proverbiales.

LIMITES DES EXPRESSIONS FIGÉES Dans l’acte de communication les expressions figées entrent en relation

LIMITES DES EXPRESSIONS FIGÉES Dans l’acte de communication les expressions figées entrent en relation avec d’autres unités linguistiques. Le problème des limites des expressions figées se pose donc au niveau de la chaîne syntagmatique, c’est-à-dire sur le plan de la réalisation textuelle. La délimitation des frontières de ces expressions montre qu’il existe trois possibilités (S. Mejri, 1997): La séquence est bouclée des deux La séquence ne contient pas de bouclée d’un seul côtés. C’est plutôt le boucles, ni au début ni à la fin. Il des formes s’agit donc de séquences ouvertes côté, à gauche (p. ex. cas # une espèce de qch. ) parémiques ou des deux côtés qui s’insèrent ou à droite (p. ex. qq. séquences phrastiques facilement dans un cadre phrastique. figées (p. ex. Qui veut À cette catégorie appartiennent avant prend la fuite # ). la fin, veut les tout des locutions figées prépositives moyens ; Quand le et conjonctives (p. ex. Il s’en est chat n’est pas là, les contenté en attendant de résoudre souris dansent ; etc. ). ses problèmes. )

VARIANTES DES EXPRESSIONS FIGÉES Au niveau profond chaque expression figée peut être considérée comme

VARIANTES DES EXPRESSIONS FIGÉES Au niveau profond chaque expression figée peut être considérée comme invariant existant dans notre cerveau. Par contre, au niveau de la surface on observe les réalisations concrètes de cet invariant. Elles se font toujours à travers différentes formes variables. (W. Chlebda, 2003. ) Ainsi, il est possible de sélectionner: Expression figée virtuelle Variante d’une actuelle expression figée C’est un invariant d’une Une forme concrète expression. Il englobe L’une des formes d’une expression. toutes les formes possibles d’une C’est une expression. Elle sémantico- syntaxiques figée réalisée dans un de cette expression. En apparaît au niveau moment donné. même temps, il de la surface. représente des traits permettant de saisir toutes les variantes de cette expression.

En s’inspirant des travaux de E. Kozarzewska (1969) et de A. M. Lewicki (1982,

En s’inspirant des travaux de E. Kozarzewska (1969) et de A. M. Lewicki (1982, b), nous pouvons distinguer quelques catégories de variantes phraséologiques, à savoir: v Les modifications phonético-orthographiques → Elles se manifestent assez rarement, mais à titre d’exemple en polonais : Przyjdzie kreska / kryska na Matyska (variantes phonétiques) ; Alfa / Alpha i Omega (variantes orthographiques). v Les alternances grammaticales → Il y en a plusieurs types, à citer en exemple : - Les changements qui concernent le nombre, p. ex. Ce que l’oeil ne voit pas / les yeux ne voient pas ne fait pas mal au coeur. - Les différences concernant l’aspect du verbe (le phénomène fréquent p. ex. dans les langues slaves), p. ex. zagryzać / zagryźć usta. - Les transformations au niveau syntaxique, p. ex. se tirer / être tiré par les cheveux. v Les variantes lexicales → Elles sont déterminées par des règles sémantiques, c’està-dire par des règles de synonymie. En observant les variantes de ce type, il est possible de constater qu’elles se caractérisent par le différent degré de synonymie. Nous pouvons donc distinguer des structures avec des synonymes très proches, p. ex. réveiller / éveiller le chien qui dort, ou des formes plus éloignées, p. ex. avoir les jambes comme en coton / en flanelle.

En parlant des alternances à l’intérieur des unités figées, nous pouvons encore les englober

En parlant des alternances à l’intérieur des unités figées, nous pouvons encore les englober en quatre types possibles ( adoptant dans ce but la classification proposée par G. Permiakov, 1988). Ce sont : Ø Les adjonctions qui consistent à enrichir la structure figée de base en ajoutant des modalisateurs, actualisateurs, explicateurs ou intensificateurs (p. ex. wieszać psy na kimś / wszystkie zdechłe psy). Ø Les réductions - phénomène contraire aux adjonctions. Ø Les substitutions qui consistent à remplacer certains éléments par d’autres (p. ex. réveiller / éveiller le chien / le chat qui dort ). Ø Les permutations où il s’agit de changer l’ordre des éléments d’une expression figée, p. ex. Pendant que les chiens s’entre-grondent, le loup dévore la brebis / Le loup dévore la brebis, pendant que. . . ).

H. Thun (1975), qui est l’auteur de l’un des premiers travaux consacrés aux relations

H. Thun (1975), qui est l’auteur de l’un des premiers travaux consacrés aux relations paradigmatiques entre des expressions figées, donne encore une autre classification de variantes phraséologiques. Ce sont : Ø Les variantes à composants différents: p. ex. avoir/porter le coeur sur la main. Ø Les variantes à matière réduite : p. ex. il n’y a pas le feu (à la maison). Ø Les variantes à matière étoffée : p. ex. envoyer qq. au diable / à tous les diables / aux cinq cents diables.

SOURCES TRADITIONNELLES DES EXPRESSIONS FIGÉES Souvent dans la tradition phraséologique on parle des deux

SOURCES TRADITIONNELLES DES EXPRESSIONS FIGÉES Souvent dans la tradition phraséologique on parle des deux sources du figement et on distingue ainsi: Source interne : Source externe : l’insertion d’une langue dans des événements historiques l’histoire; la preuve en est des fossiles marquants, mythologiques, religieux de l’état antérieur ou des allusions à ou littéraires. des réalités sociologiques anciennes. Des linguistes-phraséologues mentionnent également deux groupes possibles d’unités figées, à savoir: ü Expressions figées naturelles → qui sont créées grâce à l’observation directe de la nature, du monde des plantes et des animaux et aussi bien, du monde humain. L’homme, observant la nature, transpose certaines notions qui décrivent des objets ou des phénomènes et désigne grâce à elles d’autres choses. Cette observation créative de l’entourage permet donc (le plus souvent à partir des tropes) d’attribuer certains traits de la nature aux choses diverses. ü Expressions figées conventionnelles → où les processus de transposition et les mécanismes tropiques fonctionnent de la même façon, mais elles se forment grâce à l’observation des artéfacts.

V. Bárdosi (1989), linguiste hongrois, a proposé un classement intéressant et exhaustif des expressions

V. Bárdosi (1989), linguiste hongrois, a proposé un classement intéressant et exhaustif des expressions figées du point de vue de leurs sources et origines. Il sélectionne donc trois types de formations possibles tels que: Les formations autochtones. Les formations contenant des archaïsmes lexicaux et syntaxiques. Les formations empruntées. Les formations autochtones: § Des unités venues d’observations quotidiennes → Ces séquences sont des emplois figurés d’observations quotidiennes dont le sens premier motive l’usage et les valeurs. Il faut souligner que le procédé le plus productif est ici la comparaison idiomatique. À titre d’exemple, les unités telles que être comme les doigts de la main, avoir le bras long, regarder le danger en face, etc. § Des phraséologismes venus de langues spécialisées, de jargons → C’est un champ très productif qui pénètre notre langue, p. ex. avoir voix au chapitre – locution provenant de la religion, donner le ton – de la musique, jouer cartes sur table – du jeu de cartes.

§ Des séquences provenant d’un fonds culturel transmis → Ici nous pouvons distinguer, comme

§ Des séquences provenant d’un fonds culturel transmis → Ici nous pouvons distinguer, comme l’a fait Bárdosi, deux sous-groupes : § Phraséologismes transmis par écrit (surtout par voie littéraire), p. ex. Revenons à nos moutons ! – farce du XVes. , Cultivons notre jardin ! – Voltaire. § Phraséologismes transmis par voie orale (renvoyant à des faits ou personnages connus), p. ex. Franchir le Rubicon – César ; Paris vaut bien une messe – Henri IV ; C’est l’oeuf de Christophe Colomb – Colomb. § Des unités de type calembour → Un locuteur crée parfois des phraséologismes en jouant volontairement avec les mots. À titre d’exemple, prenons aller à Cachan à l’origine duquel il y a la ressemblance entre le verbe se cacher et un nom géographique. § Des séquences issues d’"accidents linguistiques" → La notion d’accidents linguistiques vient de la terminologie de P. Guiraud (1962). Nous y trouvons différents types de croisements de formes, comme c’est le cas de formes comme Lyncée et lynx dans avoir des yeux de lynx.

Les formations contenant des archaïsmes lexicaux et syntaxiques: § Celles qui sont formées à

Les formations contenant des archaïsmes lexicaux et syntaxiques: § Celles qui sont formées à partir d’archaïsmes lexicaux → p. ex. bayer aux corneilles, cher noise à qqn. , se tenir coi. § Celles qui contiennent des archaïsmes syntaxiques → p. ex. le manque d’article : garder bouche cousue ; l’inversion entre le verbe et le complément : sans mot dire ; le participe présent précédé de son complément ou de son sujet : à son corps défendant ; l’emploi du neutre : tu me le paieras. Les formations empruntées: § Des phraséologismes créés par voie de polygenèse → C’est une sorte de création spontanée. Dans ce cas-là, les analyses linguistiques folkloristiques démontrent plus d’une fois que la réalité extralinguistique, les conditions de civilisation, les coutumes ou les superstitions étant bien souvent les mêmes ou très semblables, tels phraséologismes auraient pu être créés dans plusieurs communautés linguistiques à la fois sans avoir recours directement à l’emprunt. C’est p. ex. le cas de la séquence mener qqn. par le bout du nez qui se retrouve dans la plupart des langues européennes : en allemand – jdn. an der Nase herumführen ; en italien – menare qc. per il naso ; en anglais – to lead somebody by nose ; etc. Alors, il est souvent délicat de décider si une séquence est le résultat d’une évolution interne ou d’un emprunt. Il faut donc s’interroger toujours sur plusieurs aspects culturels de même que voir si un tel phraséologisme se retrouve p. ex. dans les dialectes.

§ Des unités formées par calques → Il s’agit ici des phraséologismes où rien

§ Des unités formées par calques → Il s’agit ici des phraséologismes où rien ne prouve qu’ils sont motivés culturellement ou folkloriquement. Au niveau du français, nous pouvons donc mentionner des formes telles que perdre / sauver la face – chinois, enterrer la hache de guerre – amérindien. § Des phraséologismes "ambulants" en Europe → Ce sont des séquences qui, par la voie orale, le calque ou la littérature, ont été l’objet d’un transfert d’une langue créatrice vers d’autres langues et par ce fait elles existent dans la plupart des langues européennes. La majorité de ces unités provient de l’une des deux sources suivantes: § Une partie notable vient de la Bible, p. ex. s’en laver les mains, le bouc émissaire, porter sa croix. § Une autre partie provient de l’Antiquité gréco-latine, p. ex. tomber de Charybde en Scylla, descendre dans l’arène, être au septième ciel.

FORMATION ET STRUCTURE INTERNE DES UNITÉS FIGÉES La majorité des expressions figées se forme

FORMATION ET STRUCTURE INTERNE DES UNITÉS FIGÉES La majorité des expressions figées se forme dans les langues d’une manière spontanée, autochtone et tout à fait naturelle. Aussi le processus de figement se réalise-t-il par analogie avec le procédé de lexicalisation, typique pour les mots. Dans les deux cas la structure formelle est condensée et, par conséquent, il est impossible d’en commuter librement les éléments constitutifs. D’habitude, pour les mots ce sont des morphèmes, pour les expressions figées – des lexèmes composants. D. Buttler (1981) indique deux types de dérivation phraséologique tels que: Ø la composition – processus qui consiste à unir des lexèmes en groupements figés de mots; Ø la modification – phénomène grâce auquel on transforme des variantes phraséologiques; il consiste le plus souvent à éliminer ou à ajouter un ou plusieurs éléments. Par contre, G. Gross (1996) accentue le fait que le figement est un processus linguistique qui, d’un syntagme dont les éléments sont libres, fait un syntagme dont les composants ne peuvent pas être dissociés. En conséquence, les expressions figées peuvent être considérées comme unités intermédiaires entre les catégories simples dont elles ont les fonctions syntaxiques et les syntagmes dont elles ont perdu l’actualisation.

Le processus de figement est parfois examiné par comparaison aux processus de composition et

Le processus de figement est parfois examiné par comparaison aux processus de composition et de dérivation lexicale. S. Mejri (1997) le présente de la façon suivante: Figement Composition Dérivation Plus on avance vers la droite, plus la syntaxe lexicale devient prédominante, plus la synthèse formelle est condensée. Au contraire, plus on va vers la gauche, plus la formation est formellement analytique. Pourtant le phénomène de figement, syntaxique par principe, va de pair avec de nombreux processus sémantiques qui justifient ainsi la formation des expressions figées. Ils interviennent presque toujours lorsque nous avons affaire au figement linguistique proprement dit, où des restrictions syntaxiques accompagnent des opacités sémantiques. Les unités figées se forment grâce à différents mécanismes sémantiques parmi lesquels on peut mentionner p. ex. sélection et filtration sémique, synthèse et globalisation du sens, motivation sémantique, dualité du sens, processus tropiques et tant d’autres.

À titre d’exemple, la métaphore (mécanisme tropique très fréquent) peut établir un rapprochement entre

À titre d’exemple, la métaphore (mécanisme tropique très fréquent) peut établir un rapprochement entre deux entités n’ayant de points communs que les sèmes qui justifient la liaison les unissant. La sélection sémique qui intervient ici permet donc de rapprocher deux éléments apparemment isolés: Les deux entités rapprochées Une bouche muette Une manche cousue Les deux éléments effacés Les deux constituants de l’expression figée

La sélection sémique, comme d’autres mécanismes sémantiques, s’organise d’habitude dans la sphère du culturel.

La sélection sémique, comme d’autres mécanismes sémantiques, s’organise d’habitude dans la sphère du culturel. Elle reste conditionnée par de nombreux processus cognitifs. Par conséquent, la sélection sémique permet d’accentuer des sèmes périphériques. Ce phénomène peut être présenté de la manière schématique suivante: 1 2 3 1. Le sens premier des unités lexicales. 2. Les différentes significations qu’elles peuvent avoir à la suite des opérations sémantiques qui en font des unités polysémiques. 3. La signification sélectionnée dans une expression figée.

Comme nous l’avons déjà montré, les expressions figées, surtout celles qui sont figées du

Comme nous l’avons déjà montré, les expressions figées, surtout celles qui sont figées du point de vue sémantique, accusent un certain degré d’analogie par rapport aux lexèmes. Cette ressemblance est justifiée naturellement par l’unicité du signifié, mais reste perturbée par le caractère polylexical du signifiant. Pourtant, à l’instar des lexèmes, les expressions figées ouvrent la porte à l’analyse du sens. Très souvent (mais évidemment pas toujours) la nature significative des expressions figées se caractérise par la double structure sémantique (dualité du sens). Cette dualité sémantique correspond en fait à la dichotomie traditionnelle entre le sens propre et le sens figuré. Elle est soutenue également par les paires d’opposition, répandues sur les pages des études phraséologiques, telles que p. ex. le sens littéral et opaque, le sens compositionnel et non compositionnel, le sens analytique et idiomatique, etc. Pour exprimer la double signification des expressions figées, G. Permiakov (1988) parle de deux niveaux sémantiques. Le niveau sémantique superficiel reflète le sens direct tandis que le niveau sémantique profond recouvre le sens figuré, essentiel pour les séquences figées.

Par contre, G. Gross (1996) distingue deux types de lectures possibles des expressions figées,

Par contre, G. Gross (1996) distingue deux types de lectures possibles des expressions figées, c’est-à-dire : Ø lecture transparente (compositionnelle) → qui permet de découvrir le sens direct; Ø lecture opaque (non compositionnelle) → qui se fonde sur la synthèse sémantique et qui permet ainsi d’arriver au sens figuré. Cela s’explique facilement p. ex. au niveau de l’expression les carottes sont cuites. À travers la lecture transparente nous arrivons au sens direct tel que les légumes en question sont prêts à être mangés, tandis que la lecture opaque découvre le sens figuré tel que la situation est désespérée. Mais il existe des expressions qui rejettent leur interprétation littérale. Ainsi, la lecture compositionnelle n’est plus possible. C’est p. ex. le cas de l’expression parler par la bouche de qqn. qui ne se prête qu’à la lecture opaque, dévoilant ainsi uniquement le sens figuré. D’après D. Buttler (1982) sur le plan des phraséologismes nous parlons du : Ø sens structural → direct, compositionnel et littéral; Ø sens réel → figuré, métaphorique ou idiomatique.

RÉFÉRENCES CITÉES ET BIBLIOGRAPHIE SUGGÉRÉE v Bąba S. , Materiały do bibliografii frazeologii polskiej,

RÉFÉRENCES CITÉES ET BIBLIOGRAPHIE SUGGÉRÉE v Bąba S. , Materiały do bibliografii frazeologii polskiej, tom I Poznań 1998 (194595), tom II Poznań 2003 (1983 -2000). v Bally Ch. , 1951, Traité de stylistique française, v. I, II, Paris, Klincksieck. v Bárdosi V. , 1989, Un ange passe : Contribution à l’étymologie d’une locution, in : Europhras 88. Phraséologie contrastive, Strasbourg, Université des sciences humaines, Éd. Gréciano. v Buttler D. , 1981, O zjawiskach derywacji we frazeologii, in : Poradnik Językowy, z. 5. v Buttler D. , 1982, Znaczenie strukturalne a znaczenie realne stałych związków wyrazowych (paralele frazeologii i słowotwórstwa), in : Z Problemów Frazeologii Polskiej i Słowiańskiej, v. I. v Chlebda W. , 2003, Elementy frazematyki. Wprowadzenie do frazeologii nadawcy, Łask, Oficyna Wydawnicza LEKSEM. v Gréciano G. , 1984, L’irréductibilité de l’expression idiomatique à sa paraphrase. . . , in : Recherches en pragma-sémantique, Metz, Études publiées par G. Kleiber.

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