Posie et bilinguisme situation de tension au Paraguay
Poésie et bilinguisme : situation de tension au Paraguay CARVALHO Luiz Mauro, LALI ROSSI Ana Helena, POSTRAD Universidade de Brasília, Brésil Colloque La traduction dans les contextes de multilinguisme officiel Université de Moncton, Canada Le 3 novembre 2012 Financement : AUF et Francophonie des Amériques
SOMMAIRE 1) Les Guarani – langue guarani : quel(s) espace(s), quelle(s) politique(s) 2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ? 3) Quelle(s) tension(s) : l’écriture de Susy Delgado en bilingue ? 4) Source d’inspiration identitaire guarani : Ayvu Rapyta 4. 1) Traduction et édition sur trois pays : Paraguay, Brésil et France 4. 2) Ayvu Rapyta en bilingue, entre guarani et castillan ? 5) Poésie et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction 6) Remarques provisoires pour un discours de la traduction
1) Les Guarani – langue guarani : quel(s) espace(s), quelle(s) politique(s)
1) Les Guarani – langue guarani : quel(s) espace(s), quelle(s) politique(s) Paraguay : - superficie : 406. 772 km 2 (un peu moins grand que la France = 552. 000 km 2) - population : 5, 7 millions d’hab. (estimation 2002) = grande homogénéité ethnique et linguistique - deux langues officielles : guarani – castillan/espagnol - nation peuple Guarani = groupe majoritaire (en nombre)- 4 grandes catégories d’individus : MÉTIS (environ 92%), AMÉRINDIENS ou INDIGÈNES (environ 3%, surtout des GUARANIS) , NOIRS (environ 2%) = AFROPARAGUAYENS, BLANCS (environ 2%) = DESCENDANTS D’ESPAGNOLS + ASIATIQUES, et autres migrants.
1) Les Guarani – langue guarani : quel(s) espace(s), quelle(s) politique(s) • Situation de bilinguisme officiel : – depuis la Constitution du 20 juin 1992 – réaffirmation d’une nouvelle politique linguistique article 140 qui place deux langues, le guarani et le castillan, en condition d´égalité
1) Les Guarani – langue guarani : quel(s) espace(s), quelle(s) politique(s) Article 140 : Les langues 1) Paraguay = pays multiculturel et bilingue 2) Langues officielles multiculturel et bilingue= castillan et guarani. La loi établira les modalités d’utilisation de l’une et de l’autre. 3) Langues indigènes (comme celle des minorités) font partie du patrimoine culturel de la nation
1) Les Guarani – langue guarani : quel(s) espace(s), quelle(s) politique(s) Paraguay : - 1992 : - Loi nº 28/2 : obligation d’enseigner les deux langues nationales (du primaire à l’université) - 2010 : - Loi sur les langues (Instrument pour politique linguistique)
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ? GUARANI : polysémie 1) PEUPLE autochtone – sur le territoire de l’Amérique du Sud depuis la préhistoire (5. 000 ans) 2) LANGUE avec 4 variations dialectales 3) TERRITOIRE entre 4 pays latinoaméricains : Brésil, Bolivie, Argentine et Paraguay. Territoire allait des côtes Atlantique jusqu’au Chaco, région des contreforts des Andes
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ?
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ? Qu’en est-il de la LANGUE GUARANI ? – Langue AMÉRINDIENNE appartient à la famille TUPI-GUARANI (critère génétique utilisé en linguistique descriptive, et de méthode historicocomparative) – Se détache des autres familles linguistiques de l’Amérique du Sud car présente sur large territoire de l’Amérique du Sud.
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ? “Au XVIe siècle, on trouvait des langues parlées de cette famille sur pratiquement toute l’extension du littoral oriental du Brésil et sur le bassin du fleuve Paraná. Aujourd’hui, les langues de cette famille sont parlées sur la plupart du territoire brésilien, mais aussi en Guyane Française, au Vénézuela, en Colombie, au Pérou, en Bolivie, en Argentine, et bien sûr, au Paraguay. ” (Rodrigues, 1986, p. 29) (Traduction faite par nous)
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ? Position géographique des peuples parlant les langues du tronc TUPI-GUARANI sur le territoire de l’Amérique du Sud
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ? Langue Guarani présente 4 variations dialectales (Rodrigues, 1984/1985): - Guarani Kaiowá Guarani Mbyá Guarani Ñandewa (Guarani Moderne) Guarani Paraguayen MAIS concurrencée par d’autres langues sur le territoire paraguayen
2) Guarani : Peuple ? Langue ? Territoire ?
3) Quelle(s) tension(s) : l’écriture de Susy Delgado en bilingue ? Le PLURILINGUISME est source de tension car - source de conflit et de pouvoir et - base identitaire et sociale de tout individu. (Calvet, 2001) Comment cette tension qui recouvre/redéfinit l’espace identitaire s’exprime-t-elle dans l’oeuvre de Susy Delgado, poétesse, journaliste, conteuse paraguayenne ? (lier les analyses macro et micro)
3) Quelle(s) tension(s) : l’écriture de Susy Delgado en bilingue ? 2 variables 1 e) choix éditorial (préside à la construction de l’oeuvre ) RÉFÉRENCE à la CULTURE GUARANI DIALOGUE GUARANI-CASTILLAN 2 e) base d’écriture se réfère à la mémoire guarani AYVU RAPYTA [FONDEMENT DU LANGAGE HUMAIN]
3) Quelle(s) tension(s) : l’écriture de Susy Delgado en bilingue ? Pour la première variable (choix éditorial) : 1) TITRES DES OEUVRES : guarani et castillan Tataypýpe – Hijo de aquel verbo – Poèmes en bilingue – 1998 – Traduits par Susy Delgado (autotraduction) Ayvu Membyre – Junto al fuego – Poèmes en bilingue – 1999 – Traduits par Susy Delgado (autotraduction) 2) Projet de CHARTE GRAPHIQUE de l’objet-livre : deux faces qui se regardent) (dialogue/interlocution guarani-castillan)
3) Quelle(s) tension(s) : l’écriture de Susy Delgado en bilingue ? Pas de choix isolé : – Sur 19 oeuvres recensées (roman, conte et poésie), 9 sont des éditions bilingues. – Oeuvres ont un appareil critique rédigé par des représentants du champ littéraire comme Augusto Roa Bastos, Yo el Supremo (guarani = valeur identitaire)
4) Source d’inspiration identitaire guarani : Ayvu Rapyta Pour la deuxième variable (référence à la mémoire guarani) : “Ayvu Rapyta est le mot/parole [palabra]dans sa valeur la plus profonde, celle qui fait naître l’être humain (. . . ) L’effet n’a pas été intentionnel, mais il est probable qu’il se crée à la lecture de ces poèmes parce que Ayvu Rapyta m’a profondément marquée, et je crois qu’il marche dans la direction de ma recherche poétique. ” (Entretien avec Susy Delgado en 2008 et Traduction par nos soins).
4. 1) Ayvu Rapyta : Traduction et édition sur trois pays Paraguay, Brésil et France - 1946 : Poème guarani collecté - région du Guairá (PY) ; - 1949 : Publié - Annales de la Asociación Indigenista de Paraguay - De 1953 -1959, poème publié au Brésil (Universidade de São Paulo) par des anthropologues brésiliens – ouvre des pans entiers de la recherche anthropologique. - 1974 : traduit en français par l’anthropologue français Pierre Clastres, et publié au éd. Seuil, Le Grand Parler, Mythes et Chants Sacrés des indiens Guarani
4. 2) Ayvu Rapyta : en bilingue, entre guarani et espagnol ? • Divisé en 19 chapitres (cosmogonie guarani): – – – langage humain “nouvelle terre” (phénomène de migration) vie-mort agriculture oiseaux migrateurs etc. ) • Présenté typographiquement « en miroir » – page de gauche en guarani – page de droit en castillan – 2 langues : guarani - castillan
5) Poésies et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction Relation POESIE-BILINGUISME inclut TRADUCTION : « Lorsque nous parlons de mes livres présentés dans des éditions bilingues, il s’agit tous de poèmes nés en guarani. Comme j’ai toujours été partisane des éditions bilingues, postérieurement je souhaite travailler dans les versions en castillan, qui effectivement sont des traductions littérales parce que je souhaite que le résultat atteigne un niveau poétique similaire, mais il s’agit de versions qui essaient de s’approcher du sens originel. Les dernières années, j’ai commencé à traduire quelques poèmes nés en castillan parce que peu à peu j’ai découvert que les mêmes pouvaient se communiquer dans mon autre langue ; et ce que j’ai commencé à faire récemment est de mélanger mes deux langues dans certains textes. Je crois que ce processus dérive d’un dialogue qui s’est fait peu à peu entre mes deux territoires linguistiques. » (Entretien avec Susy Delgado et traduction faite par nos soins ; Souligné par nous)
5) Poésie et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction Quel projet d’écriture-traduction ? À partir de la traduction du poème Ayvu Rapyta (du guarani vers le portugais) Questions : 1) Que nous enseigne l’étude de la traduction des productions culturelles issues des langues amérindiennes dont le fonds culturel est très éloigné du nôtre ? 2) De quels outils méthodologiques/champs scientifiques avons-nous besoin pour construire la/les question(s) sur/de la traduction ?
5) Poésie et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction Exemple : Titre du chapitre 1 er : Maino i reko ypykue (tel que c’est écrit dans le « texte » ) Questions soulevées (entre autres) en provenance du « texte » : 1) Linguistique-sociale-anthropologique-mythologique: - maino’i = beija-flor (colibri) – premier animal créé pour aider le Dieu Nhanderu pendant que celui-ci créé la terre. i : adjectif suffixal « petit » , « délicat » - terme atténuatif qui englobe les deux termes ci-dessus, « petit » et « délicat » re : référence à la vie kue : passé (ce qui était)
5) Poésie et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction 2) Linguistique descriptive – phonétique articulatoire Ex : Cas de la consonne glottale : produite par l’interruption du passage de l’air dans la gorge. Hypothèse sous-jacente : Ce « texte » intitulé Ayvu Rapyta collecté en 1946 dans la région du Guairá (Py) appartiendrait à une autre variation dialectale du Guarani (présence/absence de la glottale). Ce « texte » serait donc une 5 e variation dialectale de la langue guarani.
5) Poésie et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction 3) Conditions de collecte du « texte » /matériel culturel: - Ce matériel n’est pas prédonné, ni stabilisé à priori sous forme écrite. - Il appartient à un groupe social où il n’y a pas l’imprimerie. - Tradition du texte est orale. - Dans quelle mesure peut-on parler d’un « texte » ? - Où a-t-il été collecté ? Dans la « opy » ? Maison des prières? - Poème se réfère aux « Belles Paroles » - cf. titre du poème Ayvu Rapyta [Fondement du language humain] - Il existe des personnes autorisées pour le « dire » , et pour « en parler »
5) Poésie et bilinguisme : notes pour un discours de la traduction Exemple : Titre du chapitre 1 er – Quels enseignements méthodologiques ? 1 e étape : Transcription EXACTE du texte en guarani : Maino’i reko ypykue (Titre du 1 er chapitre) 2 e étape : Processus de traduction : aspects/champs disciplinaires - Informations textuelles - en synchronie et en diachronie (de type lexical, syntaxique, grammaire, stylistique, oralité de la langue, système de fonctionnement des temps verbaux – “projectif”. . . ) - Informations de phonétique articulatoire (projet est aussi de décrire l’existence, si c’est le cas, d’un autre dialecte guarani en Amérique du Sud) - Informations culturelles/anthropologiques/sociologiques/historiques (religion, organisation sociale, questions de langue, conditions de collecte du texte en 1946 d’après le traducteur, etc. ) 3 e étape : Proposition(s) en portugais : “Início da vida do Maino’i” (Début de la vie du Maino’i)
6) Remarques provisoires pour un discours de la traduction 1) Apport pour la Traductologie / Translations Studies que de travailler avec des couplets de langue culturellement éloignées (ex: langues européennes-langues amérindiennes, etc. ) ; 2) Nouvelles questions méthodologiques : recourir aux sciences sociales (sociologie, anthropologie, histoire, géographie) pour donner à voir le contexte de l’objet à étudier. - Ex : Qu’est-ce qu’un “texte” ? Forme culturellement stabilisée qui est propre à une culture ? Rentrée assez récemment dans l’histoire humaine. Qu’en est-il des langues orales qui n’ont pas de “lettres” ? 1) Nécessité d’articuler : - analyses textuelles (privilégiant la forme – cf. les formalistes russes), et contexte de production (apport des sciences sociales et humaines).
En guise de dernier mot. . . MERCI DE VOTRE ATTENTION ! anahrossi@gmail. com
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