Le Diable occupe une grande place dans lart
Le Diable occupe une grande place dans l'art religieux occidental. On ne rechera pas ici ses origines avant l'An Mil. Il n'y a pas de réelle distinction iconographique entre Lucifer, Satan et Belzébuth. Ce sont là trois façons différentes dont les sources bibliques désignent le diable, "l'adversaire", "l'accusateur". Lucifer n'est cité qu'une fois dans toute la Bible, par Isaïe, et c'est pourtant de cette seule mention que provient non seulement le nom propre du diable , mais aussi l'histoire de son origine : http: //wodka. over-blog. com/ Loulou création historique et photos du blog Wodka.
Des diables romans et gothiques plutôt humanoïdes. La figure du diable quel que soit son nom oscille entre deux pôles bien marqués, une représentation humanoïde, une représentation animale, mais les deux peuvent se mélanger, lui donnant ce caractère de monstre associé à une vision des fins dernières
Ici on reconnaît l'archange saint Michel son nom se lit sur son auréole se mesurant à des diables qui entendent tirer profit du Pèsement des âmes. Le mot diable figure aussi (diabolus).
La scène montre le Jugement dernier avec la pesée des âmes. Les Diables sont velus, cornus, ont une longue queue ce qui les apparente à des animaux ; et leur visage n'est pas vraiment humain.
Cathédrale Saint-Etienne de Bourges. On remarque le Diable du milieu possède des oreilles pointues et une dentition développée. Il est en train d'arracher l'oreille d'un damné et semble y trouver plaisir! L'autre diable tient une pique, c'est un instrument de torture car en Enfer les damnés doivent souffrir mille maux pour payer leurs péchés.
Dans cette enluminure de l'Apocalypse qui a appartenu à l'empereur Henri II (vers 1000 -1020) le dragon à la peau sombre tente ou menace le Christ, protecteur. Manuscrit conservé à la Bibliothèque d'Etat de Bamberg.
Le moine Beato de Facundo, inspiré par l'Apocalypse, orne ainsi vers 1047 un manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de Madrid. Les âmes groupées par sept affrontent des bêtes groupées par sept : le Malin est ici un serpent rouge à sept têtes et/ou une sorte de taureau noir.
La British Library conserve ce Psautier d'Henri de Blois ; sans doute réalisé dans le scriptorium de la cathédrale de Winchester dont Henri était évêque, il date des années 1120 -1160. Sur la miniature on voit que l'ange prend bien soin de refermer à clef la porte de l'enfer où l'on vient de jeter les damnés. Des diables à l'allure d'oiseaux donnent des coups de bec aux damnés. D'autres diables, cornus, au nez pointu, usent de piques et de bâtons.
Ce diable illustre le Codex Gigas, écrit au début du XIIIe siècle par un moine de Podlazice, en Bohême. Frisé comme un mouton, il se caractérise par un visage verdâtre, d'immenses cornes rouges, une langue rouge et bifide, un torse chétif, des griffes aux mains et aux pieds. Et il porte un caleçon!
Enluminure, 1220 -1270, Bibliothèque d'Etude du Patrimoine, Toulouse. Saint Michel et les Anges, à gauche, combattent le dragon à sept têtes chevauché par des diables. « Bien que leurs caractéristiques iconographiques traditionnelles soient celles de monstres (cornes, têtes grimaçantes, corps velu, sabots fendus), les trois diables qui chevauchent le dragon ont un air ridicule, sinon carrément inoffensif
Ce diable noir est Lucifer, cheveux blancs ou blonds ébouriffés, yeux exorbités ; il n'est pas assis sur un banal trône, mais sur le Léviathan, le serpent aquatique de l'Apocalypse, qui donne l'impression d'accoudoirs dévorant les damnés. Lucifer tient sur ses genoux l'Antéchrist son fils. Cette représentation du diable est extraite d'une mosaïque célèbre, le Jugement dernier de la cathédrale Santa Maria Assunta de Torcello, près de Venise, qui date du XIe siècle.
Encore un Jugement dernier. L'oeuvre est une fresque de Giotto di Bondone à la Chapelle Scrovegni, à Padoue et date de 1306. Le diable est maintenant une sorte de gros singe grotesque et bleuâtre, cornu mais pas velu. L'artiste représente Satan en train de saisir des damnés et d'en engloutir par une bouche et de les vomir par l'autre. . .
A côté de Satan, de "petits" diables de la taille des humains ; simiesques et velus, les pieds crochus, ils fouettent et écorchent. . .
La Grande Peste de 1348 et le triomphe de Satan La Peste Noire débarqua en Italie et balaya plus d'un tiers de la population européenne. La crainte du Diable en fut sans doute exacerbée. L'apparence du diable se stabilise sinon dans sa forme du moins dans son objet : faire peur. Les artistes redoublèrent d'imagination pour représenter le Malin et toutes les effrayantes figures du Mal.
Avec Taddeo di Bartolo l'avarice est bien punie. . . Les femmes adultères sont agressées et battues par d'abominables diables.
Le personnage dodu du premier plan vomit des pièces d'or. Au -dessus un autre est supplicié avec un nœud coulant. A droite, un autre diable cornu à tête de chien manie le poignard. .
La plus extravagante des représentations de la gueule de l'enfer est probablement celle du Livre d'heures de Catherine de Clèves, vers 1440.
On y trouve aussi une extraordinaire représentation de Lucifer :
Il est de taille à se mesurer avec le Diable de la Descente aux enfers de Giovanni da Modena (1451) dans une église de Bologne, la basilique de San Petronio.
Le Satan peint par Hans Memling dans son Triptyque de 1485 est à peine moins effrayant.
A Sainte-Cécile d'Albi, l'immense fresque du Jugement dernier, datant des années 1474 -1484, associe horreur et fantastique. Diable rouge, à la longue queue, aux cornes de vache, l'artiste l'affuble d'une paire de gros seins, donnant une représentation hermaphrodite du Malin, écho aux pis de la chèvre qui voisine avec un oiseau infernal.
La miniature de Jean Le Tavernier sur l'Enfer, toujours en ce XVe siècle, multiplie les scènes d'insupportables supplices.
Retable des Dominicains peint vers 1475 par Martin Schöngauer (au Musée Unterlinden de Colmar), le diable a deux visages
Le diable tend le livre à saint Augustin, œuvre datée 1470 -1475, de l'Altepinakothek de Munich
un homme aux prises avec sept diables, un pour chacun des péchés mortels.
Canavesio, Le Diable et le Pendu. Fresque de 1492, Notre-Dame des Fontaines, à La Brigue, près de Nice. Canavesio nous rappelle que le diable est là pour saisir l'âme du pécheur. Celle du suicidé, du pendu. Mais le Diable ici n'a plus rien d'humain, c'est une goule, une chauvesouris, qui éventre le mort pour l'éviscérer.
La Chute en Enfer des Anges et des Damnés Dieric Bouts a peint une spectaculaire Chute des damnés, fin XVe s. Palais des Beaux-Arts de Lille.
Au centre de la composition, Satan est allongé sur un gril gigantesque — c'est encore une fois le thème du géant roi des Enfers — d'où il saisit les âmes pour les éjecter par la puissance de son souffle ardant. Au premier plan, deux diables attisent le feu sous le gril à l'aide de trois grands soufflets. D'autres démons font subir des sévices aux hommes qui ont mal vécu, y compris un religieux tonsuré qui porte encore ses vêtements sacerdotaux. Ainsi voit-on que même un religieux, un homme d'Eglise peut être entraîné en Enfer, preuve que le mal est dans la nature humaine. On peut y lire aussi le vent de contestation qui traverse le peuple chrétien dès l'époque du Grand Schisme et mènera à la Réforme.
Mais en même temps (folio 64), les frères Limbourg, en reprenant le thème de la chute des anges rebelles, peignent dans les futurs diables des hommes beaux, magnifiquement vêtus de bleu, nuance lapis lazuli. Lucifer est représenté tout en bas, à l'opposé de Dieu, le corps renversé, la tête encore couronnée. . . Que Lucifer était un bel Ange avant la Chute !
Avec Luca Signorelli, les diables ne sont mêmes plus des monstres, dans cette fresque de l'Enfer. Cathédrale d'Orvieto, chapelle San Brizio.
Au centre de la composition, le diable qui entraîne la femme est très humain de taille et de morphologie. On notera aussi la banalisation de la nudité à ce moment de la Renaissance.
Le Diable qu'on voit ici de dos est une anatomie classique à laquelle on a "seulement" ajouté ailes, oreilles pointues et queue.
Michel-Ange a terminé en 1541 la fresque du Jugement dernier de la chapelle Sixtine au Vatican. Un détail de cette œuvre mérite toute notre attention:
Détail du Jugement dernier, cette figure du désespéré est celle d'un damné mordu par le serpent (morso) et pris de remords (remorso en italien). Le Diable l'entraîne vers l'abîme, mais c'est presque le Penseur de Rodin que cet homme bouleversé par le remords, ou plus généralement par sa condition humaine. . .
L'Antéchrist est un homme lui aussi Luca Signorelli, La Prédication de l'Antéchrist (1499 -1502), Orvieto, chapelle San Brizio. Même l'Antéchrist est maintenant un homme comme les autres. . . L'humanisme a triomphé.
Le Diable occupe toujours sa place dans l'art occidental passé 1500. Issue du Concile de Trente, l’Église de la Contre-Réforme vit encore quelques décennies au temps de la chasse aux sorcières, puis dès la fin du XVIIe siècle un contexte plus favorable au rationalisme commence à faire reculer l'image du Diable durant le siècle des Lumières.
Le déclin du Diable à l'époque classique et baroque Depuis la Réforme protestante, la figuration du Diable, de Satan et des autres puissances infernales semble se raréfier. C'est ainsi que la peinture hollandaise du Siècle d'Or s'oriente vers d'autres sujets, scènes de genre, vanités et natures mortes. La grande peinture choisit plus souvent les thèmes mythologiques venus de l'Antiquité grécoromaine que les thèmes infernaux. Mais la tradition reste assez forte pour la survie de thèmes comme la chute des anges rebelles, le combat de saint Michel contre eux, ou encore la Tentation de saint Antoine.
Peter Paul Rubens. La Chute des Anges rebelles. Alte Pinakothek, Munich, 1620.
Luca Giordano, La Chute des Anges rebelles, Kunsthistorisches Museum, Vienne, 1666.
Tandis que certains artistes représentent toujours le Diable sous sa forme traditionnelle, d'autres lui donnent un aspect plus humain. Le succès du Paradis Perdu de John Milton, dont la première édition date de 1667, déclenche une série d'illustrations par la peinture ou la gravure, dans les deux siècles qui suivent.
Dans les années où le marquis de Sade multiplie les romans qui sentent le soufre, James Barry reprend le titre pour ce "Satan, Sin and Death" des années 1792 -1808.
Le travail de Gustave Doré sur ce thème est publié en 1866. Satan a des traits nettement humains:
En 1933, la Chute de Lucifer par Cecil Collins, (Tate Gallery) stylise les éléments habituels du thème, telles ailes, en les traitant à la façon de la peinture naïve.
La Tentation de saint Antoine : le passage du thème religieux à l'érotisme et à la dérision. Ce thème de la Tentation de saint Antoine est très présent depuis le début de la Renaissance, de Jérôme Bosch à Salvador Dali. Ici, dans cette œuvre des années 1650, Salvator Rosa est dans l'onirisme du Romantisme noir autant que du Surréalisme trois siècles plus tard. Le thème illustre à merveille la succession des écoles picturales et l'évolution du goût.
Théodore Chassériau. Sa Tentation de saint Antoine qui date de 1869 renvoie à un académisme que le Symbolisme, l'Impressionnisme et d'autres avant-gardes viennent bousculer. Toutefois le Diable s'incarne ici en un trio de séductrices; il est l'incarnation du désir, le Tentateur.
En 1875, Cézanne montre à saint Antoine un diable cornu en cape rouge, une femme nue et des putti. (Musée d'Orsay).
Plus érotique et provocante est la version de Félicien Rops en 1878. Dessin au pastel, Bibliothèque royale de Belgique, cabinet des estampes. Exposée en 1884, l'œuvre scandale. En haut de la croix l'inscription "INRI" est changée en "EROS". Noter aussi le cochon. . .
Bill Sala (né en 1930) reprend le thème traditionnel mais par dérision avec une femme charmeuse de serpent, un diable clownesque et des démons épouvantails à moineaux!
Ce Diable est dû au célèbre portraitiste Sir Nathanael Dance-Holland, (1735 -1811), Tate Gallery, Londres.
Johann Heinrich Füssli, Le Cauchemar, 1781, Detroit Institute of Arts.
Füssli, Le Cauchemar, 1790 -91, Goethe Museum, Francfort.
Le Romantisme redécouvre le diable et les sorcières, et tout un Moyen - ge gothique, la Divine Comédie de Dante et donc l'Enfer. Le succès de Faust de Goethe conduit la peinture, le théâtre et l'opéra à traiter le thème "vendre son âme au diable".
William Bouguereau : Dante et Virgile, 1850, Musée d'Orsay, Paris. La Divine Comédie est alors à la mode et plusieurs traductions ont paru en France dans les années 1820 -1850.
Le Grand Dragon Rouge et la Bête de la mer. Cette bête de la mer est un écho de l'Apocalypse de Jean. National Gallery, Londres. 1805 -1810.
Le Grand Dragon rouge et la femme vêtue de soleil, date de 1803 -1805. Brooklyn Museum.
Theodor von Holst. Fantasy based on Goethe Faust's. 1834. Tate Gallery.
Méphistophélès dans les airs, par Delacroix.
Français Gabriel Lépaulle a représenté le trio du cinquième acte, où Robert est tiraillé entre Satan (son père) et Alice. Bibliothèque de l'Opéra de Paris, 1835.
Lucifer ou Satan, l'Ange révolté cher à la génération Romantique est aussi sculpté :
L'usage du Diable dans les gravures comiques est particulièrement remarqué dès la fin du XVIII° siècle. Le Diable a été réquis pour illustrer la Révolution française puis l'aventure de Napoléon Bonaparte. Parmi les gravures de Thomas Rowlandson (17571827):
Côté français, on n'est pas en reste. Cette gravure de David attaque tout le pouvoir anglais :
Le Diable est aussi mis en scène dans les dessins érotiques : on retrouve Rowlandson avec un recueil posthume de ses gravures osées. C'est un filon qui n'est pas près de s'épuiser. . .
Jules Bois publia Le Satanisme et la Magie en 1895, avec une préface de J. K. Huysmans et des illustrations de Henry de Malvost :
Jean Veber, Les Parisiens tirant le Diable par la queue , Musée Carnavalet, fin XIXe s.
C'est un extrait d'une œuvre de 34 mètres de long et de 2 mètres de haut, divisée en sept pièces en 1903 après l'exposition à la Sécession. Voici l'image la plus connue : le diabolique géant Typhoeus, assez semblable à un futur King Kong, entouré à gauche de ses filles et des trois gorgones, Maladie, Folie et Mort (à l'arrière-plan), et à droite de la Lascivité, du Libertinage et de l'Intempérance. La présence du Diable a été rencontrée dans tous les arts.
Félicien Rops, Les Sataniques, 1883, Namur.
Après la Grande Guerre, on a vu dans le tango une danse du diable et manifestement Kees van Dongen y a songé :
Depuis F. Rops, les provocations de l'Art contemporain passent souvent par la perversité, la sexualité débridée, l'image du désir charnel. Le diable s'incarne dans le corps féminin.
Le cinéma, la bande dessinée, le roman populaire utilisent aussi le Diable pour atteindre leur public. Toute une culture populaire s'est tournée vers ce diable désacralisé et image inépuisable d'un idéal rebelle.
Le Diable tend plus que jamais à se féminiser ce n'est pas nouveau et c'est avec l'aide des sorcières.
Certains ont jugé que le Septième art était diabolique. Le fait est qu'il s'adapte aux scénarios sataniques comme bien des affiches de films et de DVD le prouvent. Les films d'horreurs, les films où le diable intervient, connaissent un succès croissant depuis au moins les années 1970.
On a vu le Diable dans le Tango et encore plus dans le Blues, puis dans le Rock. Il inspire spécialement la scène hardrock et punk. Mais ce sont les Gothiques qui aujourd'hui s'inspirent le plus du retour du satanisme. Voici la version très réussie d'une Joconde gothique qui illustre plusieurs sites consacrés à la culture punk.
La bande dessinée s'est fait du diable, de Satan et de Lucifer, une spécialité, notamment dans la BD pour adultes. Ici, Froideval et Tacito, pour la couverture d'un volume de leur série bien nommée 666 : le tome 3 paru en 1996.
Déclinée sous de multiples formes, la figure du Diable s'est dépouillée peu à peu de toute connotation infernale. Les auteurs romantiques ont fait de l'Ange rebelle le symbole de toutes les révoltes contre l'injustice, mais aussi du feu intérieur de la passion. Il constitue la part d'ombre en tout homme et souffle à l'artiste l'inspiration: "C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent" (Baudelaire, Au lecteur, Les Fleurs du Mal, 1857). https: //loulouspps. biz/ http: //wodka. over-blog. com/
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