Le bonheur Approche philosophique PHILIPPE FORAY UNIVERSITE JEAN
Le bonheur. Approche philosophique PHILIPPE FORAY UNIVERSITE JEAN MONNET – SAINT ETIENNE
Introduction : le problème moral en philosophie. • Référence: E. Anscombe, Modern moral philosophy (1958). • « Toute personne qui a déjà lu l’Ethique d’Aristote et a aussi lu la philosophie morale moderne a dû être frappée par le grand contraste qui existe entre elles. Les concepts qui sont prédominants chez les modernes semblent sinon être manquants chez Aristote, du moins être profondément enfouis. Plus encore, le terme même de « morale » , dont nous héritons directement d’Aristote, semble tout simplement ne pas correspondre dans son sens moderne, avec la version aristotélicienne de l’éthique » .
Deux concepts de la morale • Conception déontologique • Conception téléologique • Etymologie: to déon, « ce qu’il convient de faire » . • Etymologie: télos, le but, la fin • La morale, théorie des • La morale, « théorie des « conditions de la vie devoirs » bonne » .
Qu’est ce que la vie bonne ? • le bonheur comme état total, « satisfaction de toutes nos inclinations » (Kant). • Epicure: le bonheur étant présent , « nous avons tout » . • Le bonheur ne dépend il que de nous? • Etymologie: Bon heur / Glück –seligkeit / Eu-daimonia • Aristote: conception « objective » du bonheur… • … éloignée du concept subjectiviste moderne
PLAN • Paul Ricoeur (1913 – 2005). Soi-même comme un autre (1990), Seuil. • 1. Bien vivre… • 2. … avec et pour l’autre, • 3. … dans des institutions justes.
• 1° partie : Bien vivre (La visée de la vie bonne). 1°) Le bonheur et l’inéluctabilité du malheur (Freud).
Sigmund Freud (1856 – 1939) Médecin psychiatre, fondateur de la psychanalyse… (L’interprétation des rêves (Traumdeutung), 1900). • …Et analyse de la culture. Totem et tabou (1912) - L’avenir d’une illusion (1927) - Malaise dans la civilisation (1930) Das Unbehagen in der Kultur
Malaise dans la civilisation, chap. 2 • Le bonheur, recherche universelle… • …une double voie: éviter le maximum de déplaisir ou obtenir un maximum de plaisir… • … et un idéal inaccessible.
DIVERSITE DES TECHNIQUES DU BONHEUR • Vivre à l’écart. • Réduire la sensibilité à la souffrance. • Réduire l’emprise des besoins et des instincts. • Déplacer la libido ( « sublimation » ) • Le militantisme • La vie amoureuse
Premières conclusions • Pas de méthode universelle du bonheur. • Pessimisme de Freud. • Le bonheur comme chance (Etymologie, Eudaïmon, bon démon).
1° partie : Bien vivre (suite) 2°) La sagesse pratique (Epicure)…
Epicure (341 – 270 av. JC) • a) Se défaire de la peur. • Contre la peur des Dieux et de la nature, la science et le matérialisme… • Contre la peur de la mort (Lucrèce, 98 – 55 av. JC, De rerum natura) : • La mort n’est donc « rien pour nous et ne nous touche en rien puisque la substance de l’âme apparaît comme mortelle » (L. III, vers 830). • Quand je suis en vie, la mort n’est pas là, quand la mort est là, je ne suis plus.
Epicure (341 – 270 av. JC) • b) L’usage des désirs. • Désirs selon la nature vs désirs selon l’opinion. • Recher une simplification de l’existence • L’ataraxie • Importance de la raison • Une morale héroïque
1° partie: bien vivre • 1°) Le bonheur et l’inéluctabilité du malheur • 2°) La sagesse pratique… • 3°) … et sa critique • a) Le plaisir du désir Réf. : Montaigne (1533 – 1592). Les Essais (1580/1588).
Montaigne, critique d’Epicure: distinction entre nature et opinion ( L. 3, ch. X « De ménager sa volonté » ). • « Les lois de nature nous apprennent ce que justement il nous faut. Après que les sages nous ont dit que selon elle personne n’est indigent et que chacun l’est selon l’opinion, ils distinguent ainsi subtilement les désirs qui viennent d’elle de ceux qui viennent du dérèglement de notre fantaisie » . • Mais…. • « Si ce que nature exactement et originellement nous demande pour la conservation de notre être est trop peu (…), dispensons nous de quelque chose plus outre : appelons encore nature l’usage et condition de chacun de nous [. . . ] L’accoutumance est une seconde nature, et non moins puissante » .
Montaigne, critique d’Epicure: ennui de la sagesse épicurienne ( L. 3, ch. IX « De la vanité » ). • « La seule variété me paie, et la possession de la diversité » . • « il y a de la vanité, dites vous, en cet amusement. Mais où non ? Et ces beaux préceptes sont vanité, et vanité toute la sagesse « Dominus novit cogitationes sapientium, quoniam vanoe sunt » . Ces exquises subtilités ne sont propres qu’au prêche : ce sont discours qui nous veulent envoyer tout bâtés dans l’autre monde. La vie est un mouvement matériel et corporel, action imparfaite de sa propre essence et déréglée. Je m’emploie à la servir selon elle » .
Plaisir du repos / Plaisir du mouvement Désir du désir / Désir du non désir • Cf Les Essais, l. III, ch. 13, § 101 : « Moi qui me vante partout d’embrasser si curieusement les commodités de la vie et si particulièrement, n’y trouve quand j’y regarde ainsi finement, à peu près que du vent. Mais quoi, nous sommes partout vent. Et le vent encore, plus sagement que nous, s’aime à bruire, à s’agiter et se contente en ses propres offices, sans désirer la stabilité, la solidité, qualités non siennes » • « Notre grand et glorieux chef d’œuvre, c’est vivre à propos » (III, 13). • « J’aime la vie et la cultive telle qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer » (id. )
1° partie: bien vivre • 1°) Le bonheur et l’inéluctabilité du malheur • 2°) La sagesse pratique… • 3°) … et sa critique • a) Le plaisir du désir • b) Penser le désir
b) Penser le désir • b-1) La condamnation morale du désir (Kant) • b-2) Penser le désir en lien avec le manque? • Cf Platon, Le Banquet, « mythe des androgynes » (Discours d’Aristophane, 189 d et ss. ). • Le désir d’un absolu perdu • Version idéaliste (Platon)/ version matérialiste (Freud). • b-3) Désir et force d’exister (Spinoza, 1632 -1677).
UPT. Le bonheur (2° partie) 2° partie. Bien vivre … avec les autres : l’amitié.
Bibliographie. • Platon : Lysis • Aristote : Ethique à Nicomaque, L. VIII et IX. • Epicure : Maximes capitales, n° 27, 28, 40 • Sentences vaticanes n° 23, 28, 34, 39, 52, 78 • Sénèque : Lettre à Lucilius n° 9. • Montaigne. « De l’amitié » , Les Essais, livre I, 28. • Proust. Recherche du temps perdu. • H. Arendt. Les origines du totalitarisme (1951).
a) Définitions : qu’est-ce que l’amitié ? • Aristote distingue l’amitié ayant pour but: • le plaisir • l’intérêt • le bien • Ref: Ethique à Nicomaque, Livre VIII, 2.
• a) Hiérarchie. • b) Qu’est-ce que l’amitié selon le bien? • c) Le concept moderne de l’amitié …. • … Une communauté sur l’essentiel
Mystère de l’amitié • Cf Montaigne (I, 28) : « si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi » (p. 188). • L’amitié est sans « pourquoi » .
L’amitié et l’amour. L’amour est-il la « folie de l’amitié » (Sénèque, Lettre à Lucilius, n° 9)
Amitié et liberté • Montaigne: le « feu de fièvre » de la passion amoureuse… • … vs la tempérance de l’amitié: une « chaleur générale, tempérée au demeurant et égale, une chaleur constante et rassise, toute douceur et polissure qui n’a rien d’apre et de poignant » (Essais, I, 28, p. 186).
Amitié et éga lité • H. Arendt: « D’expérience, nous savons tous que l’amitié implique l’égalité » . • Source: « L’Europe et l’Amérique » dans Penser l’événement, (1989, Belin, p. 182).
b) L’amitié et le bonheur.
Le sage a-t-il besoin d’amis? • Philo sophe = « ami de la Sophia » . • Aristote : « vérité et amitié nous sont chères l’une et l’autre, mais c’est pour nous un devoir sacré d’accorder la préférence à la vérité » (Eth. Nic. L. 1, 4, 1096 a, p. 46). • Amicus Plato, sed magis amica veritas ( « Platon m'est cher, mais la vérité m'est encore plus chère » )
b-1) Condamnation proustienne de l’amitié…. « la conversation même qui est le mode de l’expression de l’amitié est une divagation superficielle, qui ne nous donne rien à acquérir » (p. 260)
« Je me mentais à moi même, j’interrompais la croissance dans le sens selon lequel je pouvais en effet véritablement grandir et être heureux, quand je me félicitais d’être aimé, admiré, par un être aussi bon, aussi intelligent, aussi recherché que Saint Loup, quand j’adaptais mon intelligence, non à moi, mais aux paroles de mon ami à qui en me les redisant – en me les faisant redire par cet autre que soi même qui vit en nous et sur qui on est toujours si content de se décharger du fardeau de penser – je m’efforçais de trouver une beauté, bien différente de celle que je poursuivais silencieusement quand j’étais vraiment seul » (p. 260 1).
Le résultat de l’amitié est « de nous faire sacrifier la partie seule réelle et incommunicable (autrement que par le moyen de l’art) de nous même, à un moi superficiel qui ne trouve pas comme l’autre de joie en lui même, mais trouve un attendrissement confus à se sentir soutenu sur des étais extérieurs » (p. 689).
« Mais quelle que fut mon opinion sur l’amitié, même pour ne parler que du plaisir qu’elle me procurait, d’une qualité si médiocre qu’elle ressemblait à quelque chose d’intermédiaire entre la fatigue et l’ennui, il n’est breuvage si funeste qui ne puisse à certaines heures, devenir précieux et réconfortant en nous apportant le coup de fouet qui nous était nécessaire, la chaleur que nous ne pouvons pas trouver en nous même » (p. 689).
Sagesses de l’antiquité. • L’éloge aristotélicien de l’amitié. source : P. Aubenque : La prudence chez Aristote. Puf, 1963. • Epicure : l’amitié comme mode de vie
c) Amitié et solitude (H. Arendt). • Hannah Arendt (1906 – 1975) • 1951 : Les origines du totalitarisme • 1958 La condition de l'homme moderne. • 1961, Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal.
a) Le besoin des autres et l’identité à soi. « Dans la solitude (solitude), nous sommes toujours deux en un, et nous devenons un, un individu complet avec la richesse et les limites de ses traits précis, seulement grâce aux autres et lorsque nous trouvons avec eux. Pour ce qui constitue notre individualité, pour autant qu’elle est une, qu’on ne peut en changer et qu’on ne saurait la confondre avec une autre, nous dépendons entièrement du regard d’autrui » (NT, 126).
b) la solitude comme deux-en-un : l’êtreavec-soi. « L’homme solitaire, au contraire, est seul et peut par conséquent « être ensemble avec lui même » , puisque les humains possèdent cette faculté de « se parler à eux mêmes » . Dans la solitude, en d’autres termes, je suis « à moi même » , en compagnie de mon moi, et donc deux en un » (OT, 835).
c) La solitude comme richesse Etre « seul avec soi même » , c’est être « de manière virtuelle, en compagnie de tous » (NT, 127).
c) La solitude comme richesse « Toute pensée à proprement parler s’élabore dans la solitude, est un dialogue entre moi et moi même, mais ce dialogue de deux en un ne perd pas le contact avec le monde de mes semblables : ceux ci sont en effet représentés dans le moi avec lequel je mène le dialogue de la pensée » (ST, p. 835).
La solitude comme ouverture Cicéron au sujet de Caton : Numquam minus solum esse, quam cum solum esset « il n’était jamais moins seul que lorsqu’il était seul » (Cicéron, De Republica, I, 17).
c) La solitude comme richesse La solitude est « nécessaire aux activités dites productives des humains. L’être humain dans la mesure où il est homo faber, a tendance à s’isoler en lui même dans son travail [. . . ]. La fabrication (poiésis, la production de choses), [. . . ] est toujours menée à bien dans une certaine solitude par rapport aux préoccupations communes, que le résultat soit une œuvre d’artisanat ou d’art. Dans la solitude, l’être humain reste en contact avec le monde en tant qu’œuvre humaine » (OT, p. 833).
d) La solitude pauvre : la désolation (loneliness). Dans la désolation, l’être humain n’est pas en compagnie de lui même. Il est « abandonné de tous et même de sa propre personne » (NT, p. 127). Cf David Riesman, La foule solitaire (1950).
e) Solitude et amitié. « Le problème de la solitude est que ce deux en un a besoin des autres pour redevenir un. [. . . ] Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres ; et c’est la grande grâce de l’amitié pour les hommes solitaires qu’elle fait d’eux à nouveau un « tout » , qu’elle les sauve du dialogue de la pensée où l’on demeure toujours équivoque, qu’elle restaure l’identité qui les fait parler avec la voix unique d’une personne irremplaçable » (OT, 835).
e) Solitude et amitié (suite). « La solitude où l’on jouit de sa propre compagnie, n’est pas perte du contact avec les autres, et elle n’est pas hors de toute compagnie humaine. Au contraire, elle est la condition de certaines formes remarquables des rapports humains, comme l’amitié et l’amour, c'est à dire de tous les rapports qui dépassent les modes courants de la communication humaine. Si une personne est capable d’endurer la solitude, c'est à dire de supporter sa propre compagnie, il est probable qu’elle supportera le compagnonnage d’autrui et qu’elle y sera disposée. Et, réciproquement, celui qui ne supporte aucune autre personne sera généralement incapable d’endurer la sienne propre » .
Conclusion • L’amitié comme forme du bonheur : la chance qui m’arrive d’avoir en face de moi quelqu’un qui me dit : « ce que tu es a de l’importance pour moi » . • Le tragique de l’amitié (Ricoeur): « je crains pour toi » .
Le bonheur (3° partie) • 1. Bien vivre… • 2. … avec et pour l’autre, • 3. … dans des institutions justes. • Paul Ricoeur (1913 – 2005). Soi-même comme un autre (1990), Seuil.
Le pessimisme freudien • Malaise dans la civilisation. Souffrance et frustration sont inéluctables en raison: • 1°) des nécessités de la vie avec autrui. • 2°) de la nécessité du travail. • Répression et réorientation de notre énergie pulsionnelle. • => Le « malaise dans la civilisation »
Plan • 1°) Deux solutions écartées: • a) L’Etat, agent du bonheur (Tocqueville) • b) Bonheur et citoyenneté (H. Arendt) • 2°) Bonheur et justice (J. Rawls) • 3°) Discussion critique: l’analyse des capabilités (A. Sen et M. Nussbaum)
1°) Deux solutions écartées. a) L’Etat, agent du bonheur.
a) L’Etat, agent du bonheur • Une idée que nous « repoussons avec horreur » (Ricoeur) • Paternalisme • Despotisme
A. De Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1840), l. 2, 4° p. chapitre 6 « Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d'eux, retiré à l'écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres: ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l'espèce humaine; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d'eux, mais il ne les voit pas; il les touche et ne les sent point; il n'existe qu'en lui même et pour lui seul, et, s'il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu'il n'a plus de patrie.
A. De Tocqueville, De la démocratie en Amérique (suite) « …Au dessus de ceux là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, pré voyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche, au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance » .
A. De Tocqueville, De la démocratie en Amérique « J'ai toujours cru que cette sorte de servitude, réglée, douce et paisible, dont je viens de faire le tableau, pourrait se combiner mieux qu'on ne l'imagine avec quelques unes des formes extérieures de la liberté, et qu'il ne lui serait pas impossible de s'établir à l'ombre même de la souveraineté du peuple [. . . ] Dans ce système, les citoyens sortent un moment de la dépendance pour indiquer leur maître, et y rent »
1°) Deux solutions écartées: • a) L’Etat, agent du bonheur (Tocqueville) • b) Bonheur et citoyenneté (H. Arendt) 2°) Bonheur et justice (J. Rawls) 3°) Discussion critique: l’analyse des capabilités (A. Sen et M. Nussbaum)
L’idée de « bonheur public » . Hannah Arendt, La crise de la culture. Préface René Char et ses compagnons de résistance « s’étaient aperçus que "celui qui a épousé la résistance a découvert sa vérité", qu’il cessait de se cher […] ils avaient été visités pour la première fois dans leurs vies par une apparition de la liberté [. . . ] et par conséquent, sans le savoir ni même le remarquer, avaient commencé à créer cet espace public entre eux où la liberté pouvaient apparaître. "A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide, mais le couvert est mis".
L’idée de « bonheur public » . Essai sur la révolution (1963). Les américains (du 18° siècle) « savaient que la liberté publique consiste à prendre part aux affaires publiques, et que les activités liées à ces affaires, loin de constituer pour ceux qui s’en chargent publiquement un fardeau, leur procurent un sentiment de bonheur qu’ils ne pourraient trouver nulle part ailleurs. Ils savaient très bien, et John Adams osa formuler cette certitude à de nombreuses reprises, que les gens se rendaient aux assemblées des villes [. . . ], non pas exclusivement par sens du devoir, et encore moins pour servir leurs intérêts, mais principalement parce qu’ils aimaient discuter, délibérer, prendre des décisions » (p. 171 2).
• Notre condition (politique) est celle du pluralisme. • …les voies du bonheur sont diverses
• 1°) Deux solutions écartées: • a) L’Etat, agent du bonheur (Tocqueville) • B) Bonheur et citoyenneté (H. Arendt) • 2°) Bonheur et justice (J. Rawls) • 3°) Discussion critique: l’analyse des capabilités (A. Sen et M. Nussbaum)
2°) Bonheur et justice. • John Rawls (1921 – 2002). • Philosophe américain, philosophie politique • Théorie de la justice (1971). • Libéralisme politique
• a) Le juste n’est pas le bien : l’Etat ne doit pas faire le bonheur des gens. • b) … lien entre le juste et le bien: l’organisation politique doit permettre à chacun de cher son bien propre.
a) Le juste n’est pas le bien : l’Etat ne doit pas faire le bonheur des gens. • Le juste = l’organisation politique. • « Pluralisme des conceptions du bien » : il y a « des différences profondes et irréconciliables entre les conceptions raisonnables et englobantes du monde, qu’elles soient philosophiques ou religieuses, auxquelles citoyens sont attachés, et dans leur vision des valeurs morales et esthétiques qui doivent être réalisées dans une vie humaine » (p. 20).
Le pluralisme impose la distinction entre le juste et le bien. « Compte tenu du fait du pluralisme raisonnable, une société bien ordonnée dans laquelle tous les membres acceptent la même doctrine englobante est impossible… …En revanche, les citoyens d’une démocratie qui sont attachés à des doctrines englobantes différentes peuvent s’accorder sur des conceptions politiques de la justice » . (pp. 27 28).
Deux principes de justice « Libertés individuelles. « Chaque personne a une même prétention indéfectible à un système pleinement adéquat de libertés de base égales, qui soit compatible avec le même système de libertés pour tous » . b) Egalité. « Les inégalités économiques et sociales doivent remplir deux conditions : elles doivent d’abord être attachées à des fonctions et des positions ouvertes à tous dans des conditions d’égalité équitable des chances ; ensuite elles doivent procurer le plus grand bénéfice aux membres les plus défavorisés de la société » (pp. 69 70).
b) … Lien entre le juste et le bien: l’organisation politique doit permettre à chacun de cher son bien propre.
• Priorité des libertés individuelles… • … et neutralité de l’Etat. • Exemple: la liberté religieuse. • Que se passe t il en cas de conflit de libertés?
• 1°) Deux solutions écartées: • a) L’Etat, agent du bonheur (Tocqueville) • B) Bonheur et citoyenneté (H. Arendt) • 2°) Bonheur et justice (J. Rawls) • 3°) Discussion critique: l’analyse des capabilités (A. Sen et M. Nussbaum)
AMARTYA SEN (né en 1933 en Inde) • Prix Nobel d’économie (1998). • Travaux sur la famine et sur la théorie du développement humain • Invention du micro crédit.
MARTHA NUSSBAUM (née en 1947). • Philosophe américaine collaboratrice d’A. Sen. • Capabilités, 2011. Traduction Flammarion, 2012.
• Vertus et vices du capitalisme. • Insuffisance d’une théorie des droits • Des conditions matérielles pas seulement financières
- L’idée de « capabilité » c-1) Une capabilité est une liberté concrète. Qu’est ce que les gens ont « réellement les moyens de faire et d’être » ? c-2) Ce n’est pas simplement une capacité individuelle Le résultat de la conjonction entre une capacité individuelle et une action sur l’environnement
Capabilité et fonctionnement « la bonne manière de protéger la liberté humaine consiste à créer les conditions dans lesquelles toutes sortes d’individus sont capables de faire de nombreux choix, tout en jouissant d’une sécurité suffisante de la part de la société (Nussbaum, 2011, p. 190 191).
Capabilité et fonctionnement Respect des personnes: « il y a une grande différence entre pousser les gens dans un fonctionnement selon vos critères et leur laisser le choix » (p. 151)
CONCLUSION GENERALE. • Le bonheur n’est jamais une affaire seulement privée. • Le bonheur privé n’est pas indépendant de la vie collective • Une vie décente.
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