La nature humaine vue dans ses paradoxes comment



















































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La nature humaine vue dans ses paradoxes : comment envisager un développement respectueux de la biodiversité? Nathalie FRASCARIA-LACOSTE Professeur Agro. Paris. Tech
Déroulé exposé Questionnements • Qu’est-ce que l’environnement ? • Qu’est-ce que la Nature ? • Est-ce que la Nature est à l’intérieur ou à l’extérieur de la perception ? • Qu’est-ce que la perception ? • Comment intégrer une vision mouvante de la Nature dans la perception ? • Est-ce suffisant pour limiter/annuler les crises écologiques? • Est-ce que l’ingénierie écologique peut-être une solution pour limiter les crises?
Qu’est-ce que l’environnement?
ESCHER, 1938 Day and Night
Qu’est-ce que l’environnement? • L’environnement est l’ensemble des conditions naturelles (physiques, chimiques, biologiques) et culturelles (sociologiques) susceptibles d’agir sur les organismes vivants et les activités humaines (Larousse). • Ingold (2012) écrit « étudier l’environnement, c’est étudier la manière dont tel ou tel organisme pour se maintenir fait usage de ce qui l’entoure, le transforme et fait un lien avec lui. »
Qu’est-ce que l’environnement? • Mon environnement est donc le monde tel qu’il existe et acquiert une signification relativement à moi. • Cet environnement est à la fois l’endroit où l’on vit, l’endroit où l’on construit et l’endroit qui nous construit. • Le terme d’environnement est donc un terme relatif, c’est-à-dire relatif à l’être pour lequel il est environnement. • Ingold (2012) nous dit de ne pas confondre environnement et Nature.
Qu’est-ce que la Nature?
Qu’est-ce que la Nature? • Quand on aborde le concept de Nature, on se situe dans une vision occidentale du monde qui oppose la nature aux hommes et œuvres humaines autrement dit, la Nature à la culture. • Descola écrit que la nature est une invention de l’occident. • Le terme de Nature a beaucoup de définitions. • Celle qui nous intéresse ici est la suivante : « ce qui résiste à la volonté de l’homme » (Terasson).
Qu’est-ce que la Nature? • Neyrat (2017) : distinction qui remonterait au 13ème siècle Penser la Nature comme génèse et non comme structure 1. On peut définir ce qui est naturel ce qui est le produit de la Nature : nature-produit ou nature objet. = Natura naturata = nature naturée (ensemble des êtres) 2. Nature comme processus : nature naturante : nature-production ou nature-sujet = Natura naturans = nature naturante (principe d’action)
Qu’est-ce que la nature? À cette bipartition ajoutons une autre façon de considérer la Nature • 3. Pas un produit, pas une production mais qui échappe à l’un et à l’autre sous forme d’une anti-production, une nature dénaturante • = Natura denaturans = nature denaturée (retrait de forme) La Nature est aussi retrait, contraction, un non-être qui précède l’expression des êtres et des mondes (Neyrat, 2015) = déterminant essentiel à la nouveauté et à la diversité
Qu’est-ce que la nature? • Fondamentalement la Nature est autre. Elle a sa propre logique. Les organismes, les écosystèmes s’autorégulent, sont autonomes sans autre finalité que de se maintenir et de se reproduire. • Ainsi comme l’écrit Ingold, « la notion d’environnement ne doit en aucun cas être confondue avec le concept de Nature, car le monde ne peut exister comme Nature que pour un être qui n’en fait pas partie et qui peut porter sur lui un regard extérieur » . • La distinction entre les deux est une différence de perspective (Ingold).
Considérons-nous la Nature à l’intérieur ou l’extérieur de nousmêmes ?
Considérons-nous la nature à l’intérieur ou l’extérieur de nous-mêmes ? • Nous avons tendance à penser la Nature comme si elle était extérieure non seulement à l’humanité mais également à l’histoire comme si le monde naturel n’était qu’un décor immuable inerte où se déroulent les activités humaines. • Ingold nous dit « qu’il faut être méfiant avec l’expression environnement naturel car en associant les deux termes cela nous met de fait comme autorisés à transcender le monde et nous place dans une position où nous pouvons intervenir dans les processus » .
Considérons-nous la nature à l’intérieur ou l’extérieur de nous-mêmes ? • Comme l’écrit Neyrat (2015), comprenons bien les conséquences de cette approche et le danger qu’elle propose : si la Nature est un champ de relations extrinsèques comme ajoutées à l’extérieur des entités, il devient possible de remplacer ces relations par d’autres relations, de les fabriquer. • Tel est le fantasme ultime de l’homme de l’anthropocène dans son costume cybernétique. • En la considérant comme immuable, la Nature prend un aspect quantitatif mesurable, posé, déposé, composé par l’esprit c’est-à-dire récupéré et refait…
Considérons-nous la nature à l’intérieur ou l’extérieur de nous-mêmes ? • Nous sommes dans cette idée comme l’écrit Heinsenberg « transformer le monde de telle sorte que dans celui-ci, l’homme ne se rencontre plus que lui-même » . • Neyrat appelle cela le narcissisme transcendantal, c’est-à-dire, la substitution de la Nature par l’humanité.
Considérons-nous la nature à l’intérieur ou l’extérieur de nous-mêmes ? • Ce que François Jullien appelle les transformations silencieuses, sont les transformations continues du monde qui nous échappent et qui le rende mouvant. • Whitehead considère « qu’il ne s’agit donc pas de fonder un dualisme ou une disjonction de l’esprit et de la nature comme si l’esprit humain contemplait de l’extérieur la Nature mais de reconnaître que la Nature se trouve fermée à l’intérieur de la perception… » . • Nous l’en avons exclue • Comment et Pourquoi?
Qu’est-ce que la perception?
Qu’est-ce que la perception? • La perception est une opération psychologique complexe pour laquelle l’esprit en organisant les données sensorielles se forme une représentation des objets extérieurs et prend connaissance du réel (en fait une interprétation). • Il n’existe pas de perception isolée, pure, non influencée. Toute perception est initialement structurée par des représentations liées à l’histoire de la personne, à ses expériences dans un lieu donné. • Morin écrit « entre le cerveau humain et son environnement, il y a une information gap = l’information de l’un à l’autre est aléatoire, brouillée, soumise à la possible erreur » .
Qu’est-ce que la perception? • Gibson écrivait que « par le biais de la perception, les individus sont à la recherche de ce qui est constant au sein de la modulation continuelle du changement perpétuel qui accompagne leur mouvement dans le monde, ce qui explique la Nature immuable est cette constance facile à fixer en tant que tel. » • Voilà pourquoi nous l’avons exclue de nous-même…car mouvante • Comment? En accédant à la culture…
Comment intégrer une vision mouvante de la Nature dans la perception ?
Comment intégrer une vision mouvante de la nature dans la perception ? • Il est possible de percevoir sans cesse de nouvelles choses dans un monde que l’on a tendance à penser comme permanent : par le biais de différentes éducations de notre manière de percevoir en fonction de buts différents.
Comment intégrer une vision mouvante de la nature dans la perception ? • C’est pourquoi un individu perçoit et agit différemment d’un autre s’il appartient à telle culture plutôt qu’à telle autre parce qu’il est éduqué à différentes choses dans des environnements différents. • Ingold appelle cela « l’éducation d’attention » . Montrer quelque chose à quelqu’un c’est nous dit Ingold « amener cette chose à être vue ou expérimentée par cette personne que ce soit par le toucher, l’odorat, le goût ou l’ouïe » .
Comment intégrer une vision mouvante de la nature dans la perception ? • En les mettant dans des situations particulières, on apprend aux novices à sentir ceci, goûter cela ou à prêter attention aux autres choses. • A travers cet affinement des capacités de perceptions, les significations immanentes à l’environnement c’est-à-dire au contexte relationnel des perceptions du monde d’un individu ne sont pas construites mais découvertes.
Comment intégrer une vision mouvante de la nature dans la perception ? • Comme le dit Whitehead (1920) « nous sommes alors dans le dévoilement de la Nature à la conscience qui perd, de fait, son immuabilité (…) • Pour atteindre cet objectif nouveau pour les populations occidentales, cela exige que nous fassions un pas de plus en dehors des mondes culturels dans lesquels on considère que tous les humains sont confinés » .
Est-ce suffisant pour limiter/annuler les crises écologiques?
Est-ce suffisant pour limiter les crises écologiques? En fait il existe un souci à nouveau de perception quant à l’action qu’il faudrait mener. • Aujourd’hui ce sont des solutions globales prises en main par les gouvernements qui sont cherchées. • Cette globalisation de l’homme sur son environnement semble aller en faveur de l’idée que l’homme fait partie de cet environnement global…
Est-ce suffisant pour limiter les crises écologiques? • Pas pour Ingold qui nous dit « la notion d’environnement global loin de marquer la réintégration de l’humanité dans le monde signale le point culminant d’un processus de séparation » . • « L’environnement global n’est pas un monde de vie, c’est un monde sans vie » . • «Nous croyons que la perspective globale des modernes (les occidentaux) nous permettrait de voir l’homme dans le monde mais elle nous a uniquement permis de voir un peu plus sur le monde, à sa surface, culture polissant la Nature » .
Est-ce suffisant pour limiter les crises écologiques? • « Ainsi les humains sont-ils toujours considérés comme à l’origine des conceptions artificielles, constructions, manipulations mais pas habitations du monde » nous dit Saincotille. Comment aller vers des manipulations qui aient un sens pour limiter nos crises écologiques?
Est-ce suffisant pour limiter les crises écologiques? • Une porte de sortie existe peut-être dans l’ingénierie écologique comme une philosophie de l’action pouvant permettre un partenariat homme-nature qui ait du sens
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action L’ingénierie écologique définition : • «désigne la gestion de milieux et la conception d’aménagements durables, adaptatifs, multifonctionnels, inspirés de, ou basés sur, les mécanismes qui gouvernent les systèmes écologiques» (CNRS, Séminaire Cargèse, 2007)
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action L’ingénierie écologique Acte de fabrication ou pilotage? (Larrère & Larrère, 2016) Pilotage c’est orienter de façon opportuniste les processus naturels, en admettant l’inattendu, développer notre attention aux processus empiriques Considérer notre action dans ce qu’elle est, tenir compte du contexte et donc de la diversité
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action Chine 1960 Développement Ingénierie écologique avec Ma Shijun et la philosophie du Yin-Yang (harmonie du monde est maintenue grâce au Yin et au Yang, deux forces complémentaires en éternel changement. ) Manipuler des Systèmes complexes = un processus de changement permanent et l’accepter tel quel La Nature n'est ni bonne ni mauvaise ; elle est tout simplement naturelle; la vie conduit à la mort et la mort conduit à la vie. Pratiquer « le non-agir ou accéder au non-être»
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action Appréhender la gestion dans un cadre d’ingénierie écologique c’est : • - Accepter le désordre • - Chercher la diversité et favoriser l’hétérogénéité • - Accepter le prise de risque et faire de l’incertitude une opportunité • - Assembler ce qui est disjoint • - Choisir des stratégies de rupture • - Respecter les temps de réponse • - Définir une stratégie opérationnelle et des logiques de coopération entre acteurs
In Blouin M. , 2014
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action
L’ingénierie écologique, une drôle de philosophie de l’action Certains auteurs du secteur économique ont bien saisi le potentiel de l’ingénierie écologique comme moteur de la transformation de notre mode de développement: « l’ingénierie écologique, c’est avant tout créer et maintenir les conditions d’expression du potentiel évolutif de la biodiversité. C’est lui laisser de l’espace et du temps au cœur de nos écosystèmes urbains, périurbains et ruraux, en repensant profondément nos modes de vie et de travail. Aussi, dans le cadre de l’anticipation des changements organisationnels face aux enjeux de biodiversité et de services écosystémiques (BSE), l’ingénierie écologique pourrait orienter de nouvelles stratégies d’entreprise. » (Houdet et al. , 2011)
Conclusions
Conclusions • L’environnement, le notre est celui que nous construisons • La Nature est autre, autonome, là bien avant nous, la vie et mort permettent le changement, le non –être est essentiel à l’adaptation des êtres vivants y compris celle de l’homme • Nous considérons la Nature comme extrinsèque, elle devient matérielle et manipulable et notre interprétation de l’adaptation est faussée • Notre perception recherche la constance et non la cible mouvante • Pour réintégrer la Nature en nous, besoin d’une éducation de la perception (sens) • Pour limiter les crises écologiques, vision globale actuelle est un non sens • Besoin d’une ingénierie écologique qui soit dans un réel pilotage des systèmes naturels = changement aussi radical de notre relation à la Nature et donc de nos modes d’actions dans nos sociétés.
Merci pour votre attention ESCHER
Bibliographie • Blouin Manuel, 2014, Définir l’ingénierie écologique quels enjeux, Chapitre 2, In Ingénierie écologique par et/ou pour le vivant? Rey, Gosselin et Doré coordinateurs, Eds Quae • Descola Philippe, 2009 par delà nature et culture, Gallimard collections, « bibliothèque des sciences humaines » • Gibson James, 1986, The Ecological approach to Visual perception, New-York: Hove, East Sussex GB: psychology press • Houdet Joel, Barra Marc et Germaneau Charles, 2011, l’ingénierie écologique pour les entreprises, Synergiz, Cahier technique 2011 -02 • Ingold Tim, Culture, Nature et environnement, Tracés. Revue de sciences humaine, (en ligne), 22, 2012 consulté le 14 mai 2017 • Jullien François, 2016, Les transformations silencieuses, chantiers, 1, Livre de poche, 155 pp • Neyrat Frédéric, 2015, la part inconstructible de la terre, anthropocène seuil, 378 pp • Morin Edgar, 1973, le paradigme perdu: la nature humaine, Essais, eds point 245 pp • Saincotille Laure, 2015, Anthropologie et Ecologie, pour une philosophie de l’engagement, Mémoire Master 2, Université Paris X Nanterre, 107 pp. • Terrasson François, 1988, la peur de la nature, eds sang de la terre • Whitehead Alfred, 1920, le concept de nature, bibliothèque des textes philosophiques, 251 pp