JOIE ET LIBERT SPINOZA ET BERGSON LIONEL ASTESIANO
JOIE ET LIBERTÉ SPINOZA ET BERGSON LIONEL ASTESIANO
SPINOZA : QU’EST-CE QUE LA JOIE ? « LE DÉSIR EST L’ESSENCE DE L’HOMME »
• « Chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être » Ethique, III, VI • Le Conatus
• « je considérerai les actions et appétits humains comme s’il était question de lignes, de plans ou de corps » Ethique, III, préface
• Le désir, intrinsèquement, n’est pas souffrance, mais joie • 3 affects fondamentaux : • - le désir • - la tristesse, passion par laquelle l’homme passe à une moindre perfection • - la joie, affect grâce auquel il passe à une plus grande perfection
• La complexité de la vie affective • « l’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure » • « la haine est une tristesse qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure » • « n’importe quelle chose peut être par accident cause de joie, de tristesse, ou de désir » • « de cela seul que nous imaginons qu’une chose a une ressemblance avec un objet qui affecte habituellement l’esprit de joie ou de tristesse, et même si ce en quoi la chose ressemble à l’objet n’est pas la cause efficiente de ces affects, pourtant nous aimerons cette chose ou bien nous l’aurons en haine »
• Passions, tristesse et préjugés • « Si quelqu’un a été affecté, par quelqu’un d’une certaine classe ou nation différente de la sienne, d’une joie ou d’une tristesse accompagnée, comme cause, de l’idée de celui-ci, sous le nom universel de sa classe ou de sa nation : il aimera ou il aura en haine non seulement celui-ci, mais tous ceux de la même classe ou nation » • « L’esprit, en tant qu’il est triste, sa puissance de comprendre, c’est-à-dire d’agir, se trouve diminuée ou bien contrariée » • « il ne peut y avoir d’affect de tristesse qui se rapporte à l’esprit en tant qu’il agit »
« Les hommes ne sont la proie de la superstition qu’autant que dure la crainte : tout le culte qu’ils ont pratiqué sous l’empire d’une vaine religion n’est rien que fantômes et délires d’une âme triste et craintive »
Les passions • « chacun par nature aspire à ce que tous les autres vivent selon son propre tempérament » • « tous y aspirant de pair, ils se font obstacle de pair, et tous voulant être loués ou bien aimés de tous, ils se haïssent les uns les autres »
Le remède : Transformer les passions tristes en passions joyeuses l'exemple des désir excessifs « En ordonnant nos pensées et nos images devons toujours prêter attention qu’il y a de bon en chaque chose qu’ainsi nous soyons toujours déterminés un affect de joie » nous à ce afin à agir par
Connaître l'essence adéquate de nos désirs Une pensée de la vie et non de la mort « L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie » et sa
LES DÉSIRS TRISTES SONT NÉFASTES : NON CONFORMES À L’ESSENCE DU DÉSIR L’EXEMPLE DE LA COLÈRE
Le désir est puissance et joie en tant qu’il est un désir créateur Le désir précède et crée les valeurs « Nous ne nous efforçons pas vers quelque objet, nous ne le voulons, ne le poursuivons, ni ne le désirons parce que nous jugeons qu’il est un bien, mais au contraire nous ne jugeons qu’un objet est un bien que parce que nous efforçons vers lui, parce que nous le voulons, le poursuivons et le désirons »
Le renversement subjectiviste des valeurs : contre la théologie et la morale
LE PROLOGUE DU TRAITÉ DE LA RÉFORME DE L’ENTENDEMENT : « UNE JOIE CONTINUE ET SUPRÊME POUR L’ÉTERNITÉ »
• « Par bien, j’entends ici tout genre de joie, et de plus tout ce qui y contribue, et surtout ce qui donne satisfaction au regret, quel qu’il soit. Et par mal, tout genre de tristesse, et surtout ce qui déçoit le regret » • « Tout ce à quoi s’efforcera l’homme affecté de tristesse, c’est d’éloigner la tristesse » • « L’homme affecté de joie ne désire rien d’autre que la conserver »
• Prop. LIII : « Quand l’Esprit se contemple lui-même, ainsi que sa puissance d’agir, il est joyeux et d’autant plus qu’il s’imagine plus distinctement, ainsi que sa puissance d’agir » . • Prop. LIV : « L’Esprit s’efforce de n’imaginer que ce qui pose sa puissance d’agir » . • Prop. LV : « Quand l’Esprit imagine son impuissance, par là même il est triste »
• « la joie directement, n’est pas mauvaise, mais bonne ; et la tristesse est, au contraire, directement mauvaise »
• Ethique, IV, prop. 45, scolie • « Entre la moquerie (dont j'ai dit qu'elle était mauvaise dans le corollaire 1) et le rire, je reconnais une grande différence ; car le rire, comme le jeu, est une joie pure ; par conséquent il ne peut avoir d'excès et de soi il est bon.
Il n’y a certainement qu’une torve et triste superstition pour interdire qu’on prenne du plaisir. Car en quoi est-il plus convenable d’éteindre la faim et la soif que de chasser la mélancolie ? Il n’y a ni Dieu ni personne, à moins d’un envieux, pour prendre plaisir à mon impuissance et à ma peine, et pour nous tenir pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte et les autres choses de ce genre qui marquent une âme impuissante . Au contraire, plus nous avons de joie, plus nous acquérons de perfection ; en d'autres termes, plus nous participons nécessairement à la nature divine.
• Il est donc d'un homme sage d'user des choses de la vie et d'en jouir autant que possible (pourvu que cela n'aille pas jusqu'au dégoût, car alors ce n'est plus jouir). Oui, il est d'un homme sage de se réparer par une nourriture modérée et agréable, de charmer ses sens du parfum et de l'éclat verdoyant des plantes, d'orner même son vêtement, de jouir de la musique, des jeux, des spectacles et de tous les divertissements que chacun peut se donner sans dommage pour personne. • En effet, le corps humain se compose de plusieurs parties de différente nature, qui ont continuellement besoin d'aliments nouveaux et variés, afin que le corps tout entier soit plus propre à toutes les fonctions qui résultent de sa nature, et par suite, afin que l'âme soit plus propre, à son tour, aux fonctions de la pensée. »
• « toute notre félicité et notre misère dépendent d’une seule chose, à savoir, de la qualité de l’objet auquel nous adhérons par l’amour » .
LE RÉSUMÉ DE LA MORALE DE SPINOZA : BENE AGERE ET LAETARI LE CONTENTEMENT DE SOI (ACQUIESCENTIA IN SE IPSO),
BERGSON : LE SENS MÉTAPHYSIQUE DE LA JOIE • « partout où il y a joie, il y a création » • « C’est pour se rassurer qu’on cherche l’approbation, et c’est pour soutenir la vitalité peut-être insuffisante de son œuvre qu’on voudrait l’entourer de la chaude admiration des hommes, comme on met dans du coton l’enfant né avant terme. Mais celui qui est sûr, absolument sûr, d’avoir produit une œuvre viable et durable, celui-là n’a plus que faire de l’éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu’il est créateur, parce qu’il le sait »
Le sens métaphysique de la joie • « Les grands hommes de bien, et plus particulièrement ceux dont l’héroïsme inventif et simple a frayé à la vertu des voies nouvelles, sont révélateurs de vérité métaphysique »
CONCLUSION
• La joie est une intensification de la vie qui permet de sentir davantage la vie en soi donc la comprendre. Il ne faudrait pas s’écouter ni se croire quand on est en proie à des passions tristes, il est difficile de ne pas en éprouver mais il est possible de ne pas les valoriser plus qu’il ne faut. • La joie est compréhensive et non la tristesse qui est nécessairement une passion donc une incompréhension. La joie accroit notre puissance d’affecter et d’être affecté : elle nous permet de sentir, percevoir et penser donc comprendre davantage. • Pas de liberté et donc de joie véritable dans l’illusion, lien nécessaire liberté et connaissance adéquate. Le savoir et la connaissance libèrent (rationalisme qui influencera les Lumières) et la connaissance de soi est en même temps connaissance et ouverture à autrui et au monde ( « le sage est conscient de soi, des choses et de Dieu » ). • La liberté est un retour à soi qui est en même temps ouverture et compréhension du monde et des autres. La liberté n’est pas l’isolement ni la séparation.
• Pas de liberté ni de compréhension dans la crainte ni l’angoisse (contrairement à Sartre) mais dans l’affirmation joyeuse de soi donc de sa puissance propre • La philosophie écarte les faux problèmes traditionnellement liés à la métaphysique (sur le néant et la mort et traite les vraies questions avec joie et sérénité • La puissance n’est pas le pouvoir sur autrui ni la domination, l’affirmation de soi ne se fait pas au détriment des autres comme dans une loi de la jungle étendue au monde social que Spinoza glorifierait. On est libres à plusieurs, avec autrui, en combinant des puissances individuelles et non en les divisant ou en les affaiblissant : la démocratie valorisée comme le plus naturel des régimes parce que c’est le plus puissant, en s’appuyant justement sur le développement de la puissance individuelle de chacun et non en cherchant à la brimer ou l’écraser. Le régime tyrannique s’appuie davantage sur la crainte que sur l’espoir. Lien politique / affects : le régime monarchique gouverne par la crainte donc l’impuissance des individus, et ainsi n’est pas tenable et a peu de chances d’avoir un conatus durable.
• La meilleure entreprise (l’organisation la plus intelligente) valoriserait le plus possible la liberté dans l’entreprise donc le libre développement de chacun, ses capacités créatrices (sa sensibilité, son imagination, son intelligence…) pour des raisons non pas tant morales que d’efficacité et d’utilité.
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